Mariages : monter dans l’ordre chronologique ou pas ?

Mes clips récapitulatifs de mariages sont montées dans un ordre faussement chronologique. Explications.

Chronologique et non-chronologique

Avec le temps passé à analyser les autres vidéastes, je me suis rendu compte d’une caractéristique de mes vidéos qui n’est pas aussi évidente que ce que je pensais : mes clips récapitulatifs montrent le mariage dans l’ordre chronologique. Exemple :

Et voici un exemple de montage non-chronologique réalisé par un autre vidéaste :

On a des discours en guise de fil rouge et souvent en voix-off. Ils sont montés par dessus des images de la journée qui défilent dans un ordre non-chronologique. On peut passer de la préparation à la danse d’ouverture puis en revenant au vin d’honneur à tout instant. Ce montage met en valeur les instants d’émotion en créant des parallèles entre les différents moments de la journée. C’est vraiment bien fait, mais bizarrement, je ne me suis pas orienté vers le même genre de vidéo.

En continuant mes recherches, je me suis rendu compte que beaucoup de vidéastes réalisaient ce genre de montage ayant pour fil rouge les cérémonies et leurs discours. Je trouve cette approche très respectable, mais ce n’est pas la mienne, pour des raisons très subjectives.

Plus de clarté pour plus d’émotion

Attention, avis très personnel en approche. Pour ressentir de l’émotion lorsque je regarde une vidéo ou un film, je dois avant tout comprendre ce que je regarde. Quand mon cerveau est trop occupé à déchiffrer un film, je suis trop occupé à analyser ce que je vois et à essayer de recoller les morceaux pour me laisser cueillir par l’émotion. Exemple concret : The Fountain de Darren Aronofsky. La première fois que je l’ai vu, je suis plutôt resté de marbre face à ce mélange des époques et des réalités. Ce n’est qu’en le revoyant une deuxième fois que j’ai été touché par la scène de la baignoire, et tout ce qui suit. Tout cela gràce au fait que j’avais trouvé des réponses à mes questions (ou pas d’ailleurs, mais j’en avais fait le deuil) et que je pouvais me concentrer pleinement sur les personnages.

Autre exemple plus récent : Roma d’Alfonso Cuaron. La première moitié du film est très « froide », avec une mise en scène très particulière et donc très voyante, et la situation d’un des personnages  n’est volontairement pas claire (le père). Tout cela nous sort un peu du film, on passe plus de temps à l’analyser qu’à le savourer. Ce n’est qu’une fois que tout est éclairci, notamment après une scène choc, que l’émotion s’accumule. Si je revoyais le film en connaissant la suite, j’aurais probablement envie de chialer dès le début.

Il en va de même pour les vidéos de mariage à mon avis : si l’on montre le jour dans l’ordre chronologique, on met le spectateur dans une position de confort. Il maîtrise la narration, il sait où va la vidéo, et on peut donc faire naître l’émotion en lui. J’ai personnellement beaucoup plus de mal à ressentir de l’émotion avec des vidéos non-chronologiques, car je suis tout le temps en train de réfléchir à la pertinence du montage.

La question du rythme

Mes vidéos ont de grosses variations de rythme et de ton. La base de ce style, c’est le choix des musiques : je choisis en général des chansons qui sont très rythmées. Pour l’instant, mon mariage avec la musique la plus pêchue est le suivant :

Ces deux là, ils avaient la quarantaine passée, 20 ans de couple et 3 enfants. On peut dire qu’ils abordaient leur journée avec une certaine expérience et une approche différente par rapport à des couples plus jeunes. Ils ont plus de recul, ils sont moins stressés, ils savent à peu près ce qu’ils veulent. C’est pourquoi j’ai choisi une chanson dans leur playlist qui me semblait en adéquation avec leur état d’esprit décontracté.

Cette chanson alterne les moments de calme avec des passages beaucoup plus… bordéliques. Et cela colle parfaitement avec leur journée : en général, lors d’un mariage, on peut passer plusieurs fois du rire aux larmes en très peu de temps. On a les deux mariés qui se voient pour la première fois, c’est mignon et intime. Et puis après ils se disent oui à la mairie dans la folie générale, c’est électrique. Et puis lors de la cérémonie laïque on assiste à un discours émouvant qui nous coupe les jambes. Bref, on fait les montagnes russes.

Le montage non-chronologique, lui, prend plutôt le parti de lisser la journée pour en faire ressortir exclusivement le côté émouvant, avec une musique qui va peu à peu monter en puissance mais de manière très progressive et sans rupture de ton. Je le répète : c’est une certaine vision de la vidéo, ça se respecte totalement, ça donne de beaux résultats, mais cela ne correspond pas à ma manière de fonctionner.

Pas si chronologique que ça

J’ai un peu menti : mes montages ne sont pas totalement chronologiques. Les grandes séquences sont bien dans l’ordre, oui. Mais pour tout ce qu’il y a à l’intérieur, je pars dans tous les sens, sauf qu’on ne s’en rend pas compte. Exemple avec le mariage de Fanny et Vincent :

A partir de la troisième minute, je mens en continu : le discours des mariés a lieu plus tôt que ça, et l’ordre des danses est totalement chamboulé. Mais tout cela ne gène pas la lecture de la vidéo. On accepte que tout soit montré ainsi, que l’on ait été présent ou pas lors du mariage : de toute façon, la soirée est une sorte de gros tourbillon, on ne se la remémore jamais de manière linéaire. Et même si tout cela n’est pas montré dans l’ordre, on reste quand même dans le cadre de la soirée : on ne fait pas de flashback vers le vin d’honneur 4 heures plus tôt…

Autre exemple de mensonge éhonté : l’ordre de passage des discours lors des cérémonies. Ça n’a globalement jamais rien à voir avec la réalité ! En général, je réalise une première partie dédiée aux moments drôles, et j’accumule les passages émouvants à la fin. Car insérer une blague pas finaude mais génialement drôle entre deux grosses déclarations chocs, ça marche moyennement bien.

Des flashbacks à la fin

… quoique, si, un peu quand même ! Je termine cet article avec la façon dont les vidéos se terminent. J’aime bien finir de temps en temps mes vidéos par un bon gros flashback d’un moment d’intimité entre les deux mariés. Exemple :

Je trouve ça sympa de terminer sur nos deux sujets principaux, dans un moment qui semble hors du temps : toute la vidéo qui précède a été montrée dans l’ordre chronologique. En s’autorisant un petit saut dans le passé, on produit une rupture qui est beaucoup plus marquante que si on le faisait tout le long.

Montage, Philosophie

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