La complexité du cut

Mes vidéos ne sont montées quasiment qu’avec des cuts. Presque aucun fondu, aucune transition créative. Voici pourquoi.

Définition et pouvoir du cut

Cut (nom masculin) : dans un film (cinéma ou vidéo), passage sans transition d’un plan au plan suivant.

Le plus bel exemple pour montrer le pouvoir d’un simple cut, c’est celui-ci :

2001 l’Odyssée de l’Espace. Un homme primitif lance un os en l’air. Plan suivant : un satellite en orbite. Entre les deux plans, un match cut, qui met les deux objets dans à peu près la même position. Avec ce simple cut, on montre une ellipse de plusieurs millions d’années, on établit une thématique, et on donne une conclusion choc à la scène qui montre l’évolution soudaine du primate.

Ce cut déchaîne même les passions comme dans la section commentaires de cette vidéo où les internautes se mettent sur la tronche pour savoir si cette transition est bonne ou mauvaise, si elle est bien calée et si elle a du sens. Les débats continuent sur une autre vidéo qui montre en quoi le match cut est (volontairement) imparfait.

L’exemple de 2001 est extrême, et puis c’est un exemple bien précis de type de cut un peu « tape-à-l’oeil », mais il permet de se rendre compte qu’un simple cut est plus compliqué et riche de sens qu’il n’y parait.

Les alternatives au cut

A l’opposée des cuts simples, il y a les vidéos comme celles de Sam Kolder :

On voit dans cette vidéo pas mal de transition créatives : des zooms numériques, des mouvements numériques, et même des sortes d’incrustations progressives. J’adore cette vidéo, je la trouve excellente et totalement maîtrisée (même si je ne suis pas fan ces fameuses transitions en incrustations comme à 1:06). mais il faut garder à l’esprit que ces transitions restent très minoritaires dans la vidéo : la majorité du métrage est montée avec des cuts bien sentis.

Un autre exemple extrême, la très connue et reconnue vidéo de Leonardo Dalessandri :

Là aussi, il y a une majorité de cuts simples et bien pensés, alors qu’on a l’impression d’avoir quelque chose de très organique et complexe. Pour le coup, cette vidéo utilise énormément de match cuts : le chat et le chien qui sautent, les gros plans sur les mains, l’oiseau et l’avion…

La dérive : les mauvaises alternatives au cut

Et c’est là que je suis plutôt triste en voyant pas mal de vidéos de voyage de vidéastes amateur sur Youtube et compagnie : elles ont tendance à abuser des transitions créatives. Il y a beaucoup de vidéos avec des plans qui n’ont rien à voir entre eux, aucun fil conducteur, aussi mince soit-il. On sort alors le cache misère : on abuse de zooms numériques violents entre les plans, on fait des fondus enchaînés à gogo car on ne sait pas comment rendre la transition moins abrupte entre deux plans qui ne vont pas ensemble. C’est un travers dans lequel je peux tomber de temps à autres. Il convient alors de se remettre en question et surtout de remettre en question la pertinence de son montage et de ce qu’on montre.

Si on sent le besoin d’abuser de transitions créatives, c’est que notre montage manque de sens. Je ne parle pas non plus de se forcer à faire une vidéo qui fait passer un grand message : on peut se contenter d’avoir des plans qui sont tout simplement beaux.

Une transition créative a beau pouvoir cacher la misère, elle peut plomber un montage si elle est techniquement mal insérée : un zoom qui a une mauvaise vitesse, un effet de balayement de plan qui manque de flou de mouvement, une transition trop lente, ça peut faire très mal, beaucoup plus qu’un cut approximatif. Je pense surtout aux transitions en incrustation de Sam Kolder (je radote) : j’ai beau ne pas être fan, elles montrent un vrai sens de la composition et du masquage. Les mêmes transitions faites à la va vite, ça donne de la grosse purée avec des grumeaux.

L’importance du timing

Je ne sais pas où la placer dans l’article, je la mets donc ici : une publicité pour Nike.

Un montage en parallèle, une bonne musique, un bon mixage du son, une simulation de champs/contre-champs entre la joueuse et elle-même, et des cuts. « Tout simplement ». Le cut à la sixième seconde est un exemple original de raccord dans le mouvement.

Ce qui frappe surtout dans cette vidéo, c’est la précision des cuts : le timing d’un plan se décide à l’image près. Une image de trop et votre plan est trop long. Une image de moins et votre montage est disgracieux. C’est une des raisons pour lesquelles le montage est un long procédé qui a un coût non négligeable.

L’importance du son

Je le dis souvent : le son est plus important que l’image. Les deux vidéos montrées ci-haut ont un sound design très soigné. Regardez les avec seulement la musique, sans les effets sonores, et vous verrez qu’elle paraissent beaucoup plus pauvres. Les bruits d’ambiance qui varient d’un plan à l’autre rendent notamment les transitions plus fortes, elles ont un plus gros impact. Pas besoin de faire du mixage de fou lors des transitions : rien que le fait de laisser le son original d’un clip, pour peu qu’il ait été bien capturé, peut faire son effet.

Attention à la faute de goût

Enfin, il convient d’accorder son montage à son sujet. plus le sujet est « doux », plus les transitions créatives risquent de faire tâche. J’ai déjà vu une vidéo d’un joli petit village typique d’Alsace avec des transitions et effets dignes d’un film de Tony Scott. Il en va de même avec les mariages : on est dans de l’intimité et de l’émotion. Des effets de déglingos n’ont à mes yeux pas leur place dans ce genre de vidéo. Cela ne m’empêche pas de m’amuser de manière à peu près sobre comme dans cette vidéo :

Les deux premiers plans au tout début de la vidéo ont une continuité dans le mouvement : un travelling avant qui commence de loin, à l’extérieur du château, et qui termine dans le couloir qui mène à la mariée. Ce genre de mini-effet reste assez rare dans les mariages, car je filme en mode reportage : rien n’est répété et préparé à l’avance, tout est improvisé. C’est au moment du montage que j’applique une cohérence aux images prises. Et la première étape, c’est de sélectionner les bons plans. On en revient à un principe que je martèle : mieux vaut une vidéo courte et pertinente qu’une vidéo longue et ennuyeuse.

 

Montage

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